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L'Observatoire européen du racisme réclame des statistiques ethniques sur l'emploi
LE MONDE | 29.11.06 | 15h05 • Mis à jour le 29.11.06 | 15h05 BRUXELLES BUREAU EUROPéEN
L'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, basé à Vienne, ne peut pas mesurer les progrès accomplis par les Etats membres en matière de lutte contre les discriminations racistes et xénophobes s'il ne dispose pas de statistiques "ethniques", concernant l'emploi, le logement et l'éducation : telle est l'une des conclusions qu'il tire, dans son rapport 2005, année dont il rappelle qu'elle a été marquée "en France par de violentes émeutes urbaines" , et au Royaume-Uni par "des attentats-suicides, perpétrés par des islamistes britanniques dans les transports londoniens" .
En présentant ce rapport, mardi 28 novembre, Anastasie Crickley, la présidente du conseil d'administration de l'Observatoire, a déclaré : "Hormis quelques exemples rassurants de bonnes pratiques, je ne suis pas en mesure, aujourd'hui, d'affirmer qu'il y a eu une nette amélioration en matière de lutte contre le racisme et la xénophobie, au sein des Etats membres de l'Union européenne."
L'Observatoire cite de nombreux exemples de discrimination à l'embauche : en Belgique, le PDG d'une entreprise privée flamande de construction de cloisons a refusé de recruter des collaborateurs non blancs, au motif que cela correspondait aux préférences de sa clientèle. En Catalogne, une municipalité a publié des offres d'emploi portant la mention "Maghrébins s'abstenir" . Aux Pays-Bas, des tests de discrimination consistant à envoyer à des employeurs 75 CV portant des noms de famille néerlandais et 75 CV avec des noms étrangers, ont montré que seules deux personnes issues des minorités ont été recrutées, contre 51 dans l'autre catégorie.
DéFINIR LE CRIME RACISTE
L'Observatoire, qui reçoit de nombreuses informations des ONG, regrette de ne pas disposer de données officielles uniformes, du fait que, "dans la majorité des Etats membres, les statistiques officielles du chômage n'enregistrent pas l'origine ethnique ou nationale des personnes" .
Le Royaume-Uni est le seul pays qui prend en compte l'origine ethnique : "Ses statistiques montrent que la situation a considérablement progressé au cours des quinze dernières années, les populations indienne et chinoise enregistrant aujourd'hui des taux de chômage proches de ceux des Blancs" tandis que "les Pakistanais, les Bangladais, les Noirs des Caraïbes et les Noirs africains ont un taux de chômage deux fois et demie, voire trois fois, supérieur à celui de la majorité blanche" .
Les études réalisées à partir de la nationalité en Belgique, au Danemark, en Allemagne, en Estonie, en Lettonie et en Finlande montrent que "le taux de chômage des immigrants ou des minorités était nettement plus élevé en 2005 que celui de la population majoritaire" . En outre, "à niveau d'enseignement équivalent, les non-ressortissants de l'UE doivent toujours faire face à un taux de chômage plus élevé" .
L'Observatoire plaide en faveur d'un enregistrement ethnique des données sur le chômage, le logement et l'éducation, dans le but de lutter contre les discriminations. Les informations collectées devront être anonymes, comme l'impose la directive européenne sur la protection des données.
Pour qu'il puisse disposer de statistiques fiables sur les crimes racistes, il souhaite en outre que l'UE adopte enfin une loi qui permettrait d'en donner une définition européenne. |