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Le " CRAN ", une révolution ?
" A l'aube du troisième millénaire, les Noirs sont encore confrontés à des préjugés séculaires. Ces préjugés se traduisent par des discriminations raciales dans différents domaines de leur vie, notamment dans l'accès à l'emploi, à la formation, au logement, aux responsabilités sociales, économiques et politiques.

Ainsi, une fédération des associations noires de France vient de voir le jour, pour rompre avec cette logique de stigmatisation et de discrimination. A travers cette instance, les populations noires entendent défendre leurs droits tout en assumant leurs obligations au sein de la société française.

Mais, il s'agit avant tout d'interpeller les pouvoirs publics et les différentes composantes de la société, afin d'oeuvrer au respect de la diversité et pour favoriser les valeurs républicaines inscrites dans la constitution française. "

L'an 2005 restera gravé comme l'année " noire " en France, avec une succession d'évènements majeurs ayant abouti à la naissance du " CRAN " : Conseil Représentatif des Associations Noires.

Retour en arrière.

Le ton est d'abord donné par la députée de Guyane, Christiane Taubira qui dès 2001 est à l'initiative du vote à l'Assemblée national d'une loi qui qualifie l'esclavage et la traite des noirs, de crime contre l'humanité. Ensuite ce sont les prises de position fracassantes de Dieudonné.
Tout cela va contribuer à porter la question noire sur la place publique.

Auparavant, plusieurs organisations avaient tenté de porter le débat sur " l'invisibilité " des Noirs.

Par ailleurs, la loi du 23 février 2005 prévoit que " les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ". Dans le même temps, une circulaire de rattrapage de l'Education nationale du 14 novembre invite les enseignants à insister sur le devoir de mémoire sur la traite négrière, l'esclavage et leur abolition.

Or tout le monde sait que rien n'a été fait pour entretenir l'espoir d'une France blanc-black-beur né de la coupe du monde de 1998. De plus, faute de cohérence et de courage politiques, " la politique française de la ville " sous les différents gouvernements depuis de longues années, a oscillé entre le " tout social " et le " tout répressif ", débouchant sur une politique d'intégration en panne, avec une hiérarchie communautaire qui ne dit pas son nom. Au point qu'un célèbre quotidien britannique titrait récemment : Liberté-Egalité-Fraternité-Réalités.

L'année 2005 va porter un coup d'accélérateur à l'histoire de cette réalité des diversités en France, entraîné par une succession d'évènements:

En premier lieu, les manifestations lycéennes du 8 mars au cours de laquelle des jeunes Noirs sont pointés du doigt et désignés comme des " fauteurs de trouble " rapidement qualifiés "d' anti-Blancs " par Alain Finkielkraut. Puis une vague d'incendies d'immeubles sociaux aux causes non entièrement élucidés va toucher principalement les populations noires à Paris. Le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy emploiera ensuite des termes comme " racaille " (version un peu moderne de l'indigène des colonies), puis c'est la mort de deux adolescents " black-beur " à Clichy-sous-Bois le 27 Octobre. S'ensuit l'embrasement des banlieues qui résulte du manque de responsabilité politique et du cri du coeur de jeunes citoyens très majoritairement français.

Face aux " jusqu-au-boutistes " l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse et certains maires de droite, qui fustigent la polygamie, face à la course poursuite engagée derrière l'électorat du front national, sur fond de surenchère de la crise des banlieues et d'instrumentalisation de la crainte sécuritaire des Français, les populations noires se sont senties moralement et matériellement fragile et en danger. Elles se devaient donc de réagir pour exister, en mettant en place un groupe capable d'un effet de levier face aux autorités, aux institutions de la république et à la société française.

C'est dans ce contexte qu'a été lancé le samedi 26 novembre 2005, dans un lieu symbolique, (l'Assemblée nationale française), le " CRAN ", en présence de quelques personnalités telles: Fodé Sylla, ex-président de SOS racisme, Stéphane Pocrain, ex porte-parole des Verts, Basile Boli, ex international de l'équipe de France, Manu Dibango, saxophoniste, Eugénie Diécky, journaliste sur Africa N°1 et bien sûr Patrick Lozès président fraîchement élu du " CRAN " ainsi que l'universitaire Louis-georges Tin.

Tous ont apporté leur soutien à ce mouvement fédérateur noir, une première en laquelle ils croient fermement.

Alors, le " CRAN ", une révolution ? Seul l'avenir nous le dira. Mais une chose est sûre, les Noirs de France ont du cran et entendent le prouver par des actions d'envergure, devant aboutir à une série d'objectifs, notamment :

- La mémoire de l'esclavage et de son abolition, de la colonisation

- La promotion d'une vraie solidarité,

- La coopération avec toutes les forces qui luttent pour les droits de l'homme et contre le racisme, la xénophobie et toutes les formes d'intolérance,

- La constitution d' un interlocuteur de poids face aux représentants politiques, aux acteurs économiques et aux autorités publiques, pour une intégration socioprofessionnelle qualitative des populations noires de France.

Pouvait-il en être autrement ?

Brahima Diaby

 

 

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