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S'il fallait démontrer l'injustice et les inégalités qui frappent les populations noires en France, le logement serait à n'en pas douter, un exemple emblématique.
L'année 2005 avait coûté la vie à des dizaines de morts qui ont péri carbonisés dans les incendies de taudis parisiens.
Les responsables locaux ou nationaux avaient dans une émotion de façade, juré que des mesures de fond seraient prises.
Un an après, la pression s'étant relâchée, il fallait s'attendre au pire et le mois d'août a confirmé toutes nos craintes avec l'évacuation policière musclée et télévisée du squat de Cachan.
Ce n'était pas la cloche de la rentrée des classes qui sonnait mais la sonnette d'alarme et une cruelle désillusion pour ceux qui avaient cru à ses " promesses ". Car hélas, nos élus ont de manière éhontée rapidement abandonné les questions de fond pour des mesures cosmétiques auxquelles nous ne sommes que trop habitués.
Le CRAN s'est créé il y a neuf mois, après les émeutes de banlieue et avant la fameuse loi de l'immigration choisie.
Force est de constater que les choses n'ont fait qu'aller de mal en pis avec une fâcheuse accélération depuis la loi Sarkozy et le flot de circulaires rétrogrades qui l'accompagne. Expulsions arbitraires, critères ségrégationnistes de régularisation, clandestinité d'enfants scolarisés dont le seul tort est d'être en vacances, restrictions draconiennes du droit des familles et des enfants devenus, du jour au lendemain des indésirables, des pestiférés dont la France voudrait à tout prix se débarrasser et au plus vite.
Le CRAN refuse et dénonce cet engrenage dramatique qui faisant fi des élémentaires droits de l'Homme, bafoue les valeurs de la République. Seules la mobilisation citoyenne et l'implication de toutes les forces associatives peuvent peser dans le rapport de force devenu inévitable.
Le CRAN apporte son soutien aux familles délogées de CACHAN. Une régularisation massive de sans papiers ne peut plus être écartée d'un dédaigneux revers de la main. Nous réitérons notre opposition à la loi sur l' " immigration choisie " et ne nous satisfaisons pas du relogement des quelques familles du boulevard Vincent Auriol au regard de la nécessaire réhabilitation urgente du millier de logements insalubres répertorié sur Paris et des risques encourus par les trop nombreuses personnes qui y vivent encore.
C'est ce que le triste anniversaire des incendies de l'été 2005 est venu rappeler mais certains osent argumenter que toutes les familles rescapées ont été relogées. On croit rêver, des dizaines de morts, des enfants fauchés, est-ce assez cher payé pour bénéficier d'un logement social? Les images télévisées et les paroles pathétiques de ce couple rescapé de l'incendie d'août dernier glacent le sang “ D'accord, maintenant on a le F4 mais nous l'avions demandé depuis tant d'années pour y vivre dignement avec nos enfants, mais là nous ne sommes plus que deux, il n'y a pas un rire, pas un bruit...â€
Aujourd'hui le seul point positif tient en l'évolution des mentalités. Il n'est plus besoin de faire de la politique ou d'être militant pour refuser haut et fort l'inacceptable.
Le comportement citoyen exemplaire des parents d'élèves, des enseignants et des sympathisants du Réseau éducation Sans Frontières prouve, par exemple, que l'action des citoyens est toujours essentielle.
Il est maintenant urgent d'insuffler une atmosphère saine pour contrer l'ambiance polluée qui menace d'asphyxier la société française toute entière.
Au regard de tous ces événements, la détermination du CRAN n'en est que renforcée. La période préélectorale et l'année 2007 vont directement conditionner la France de demain ainsi que la cohésion de la société toute entière. Le CRAN a donc un enjeu de taille à relever. Il passera forcément par de difficiles combats que le CRAN s'apprête à livrer. Le CRAN veut aussi par sa réflexion, ses idées, son enracinement dans le vécu et la réalité, apporter un nouvel éclairage sur les problèmes de fond. Ces problèmes réclament sans délai, des réponses et des solutions.
D'abord il est temps de renoncer à la politique de l'autruche.
Fallait-il réellement attendre les émeutes de banlieues pour apercevoir la désespérance de ces jeunes et la situation explosive qui couvait et qui couve toujours? Fallait-il que les immeubles insalubres flambent et coûtent tant de vies innocentes pour entreprendre une réhabilitation des logements vétustes et débloquer des fonds?
Faut-il expulser manu militari tous les squatters de France et kidnapper tous les sans papiers pour traiter les milliers de dossiers et les demandes d'asiles et de séjour des immigrés? Voilà ce que l'on voudrait nous faire gober…
Qu'on nous le dise franchement : ne peut-on pas résoudre les problèmes ou ne le veut-on simplement pas ! Ne seraient-ils pas des priorités ? S'agit - il de faire semblant et de faire croire que tout cela n'existe pas ? S'agit-il de traiter les problèmes au cas par cas et si possible uniquement dans l'urgence, comme c'est le cas aujourd'hui ?
Si les populations noires sont la dernière roue du carrosse, alors qu'on le dise !
Il est ensuite temps d'éclairer certains des immobilismes de notre société qui ne sont imputables qu'aux contradictions et double langage qui génèrent la stagnation ou la marche arrière. Il suffit pour illustrer ce propos de se référer à l'actualité la plus récente.
D'un côté ; le Président de la République met en exergue “la diversité qui fait la force de la France†on a annoncé triomphalement la création de structures institutionnelles telles que la HALDE ou le ministère de l'Egalité des Chances pour lutter contre les discriminations, enfin et ce n'est pas le moindre on crie sur les toits la création de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration qui ouvrira ses portes et ses 2000 m2 en avril 2007. Cette cité, 1ère du genre en France, a pour objectifs, on ne peut plus louables, de “déconstruire l'imagerie héritée de la colonisation, en finir avec les stigmatisations toujours présentes dans l'inconscient collectif français et battre en brèche ces stéréotypesâ€, rien que cela !
De l'autre, comme nous le prouve tous les événements récents on va dans le sens contraire de ses belles déclarations en légitimant de manière aussi grossière que sournoise les sentiments xénophobes et les discriminations à l'encontre des populations noires. Le CRAN dénonce cette démagogie qui, on l'a bien compris, consiste à faire du pied aux 30 % de français qui s'avouent racistes* tout en tenant un discours de “France multicolore, forte de sa diversité†aux populations noires qui ne seraient pas discriminés quand il s'agit de les comptabiliser comme électeurs.
Le CRAN a annoncé qu'il mettrait les pieds dans le plat du débat présidentiel pour que les questions qui concernent les populations ne soient plus traitées comme quantité négligeable.
Nos actions permettront à chacun de se faire une opinion en toute connaissance de cause avant les échéances.
* sondage réalisé par l'institut CSA (sur un échantillon représentatif de 1 011 personnes interrogées en face à face du 17 au 22 novembre 2005) |