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Si elle se veut "politique", la Fédération ne revendique pas d'ancrage à gauche ni à droite. M. Lozes est membre de l'UDF et fut le candidat centriste dans la première circonscription de Paris aux élections législatives de 2002.

M. Tin se dit proche de la gauche, alors que des personnalités comme Christiane Taubira, députée PRG de Guyane, ou Stéphane Pocrain, proche des Verts, soutiennent l'initiative.

"UNE ARMéE POUR LA FRANCE"

"L'idée, affirme M. Tin, n'est pas d'être apolitique, mais d'être en dialogue avec tous les partis politiques." La Fédération entend pousser les formations politiques à la réflexion avant la campagne présidentielle. "Pas un parti ne doit échapper à cet examen de conscience collectif sur la manière dont notre société discrimine", insiste M. Lozes.

"Dans le champ politique, il y a deux attitudes vis-à-vis de cette question : l'une relève du racisme classique reposant sur l'idée de supériorité de certaines races ; l'autre, antiraciste, nie les races mais, du coup, occulte l'existence de la question noire et débouche finalement sur des résultats relativement similaires.

On ne peut réduire le problème des Noirs à une question socio-économique et nier sa dimension raciale", relève M. Tin.Pour "inacceptables" qu'ils soient, les propos d'Alain Finkielkraut publiés dans le quotidien israélien Haaretz (Le Monde du 24 novembre) ne sont, pour les fondateurs de la Fédération, "pas surprenants".

Tout comme ceux tenus par l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse et certains responsables de la majorité, qui établissent un lien entre la polygamie et les dernières violences urbaines (Le Monde du 17 et du 18 novembre), ils "démontrent l'incompréhension et la méconnaissance des populations noires", qui ne demandent "qu'à être agrégées, incluses dans la société française, et qu'à pouvoir se revendiquer Français et Noirs".Les instigateurs de la Fédération évoquent "l'émergence d'une conscience noire". Bien que très actives sur le terrain, les associations sont longtemps restées muettes.


Aujourd'hui, "le niveau de mal-être est tel qu'elles en viennent à exprimer les souffrances", explique M. Lozes. "Peu présents jusqu'ici dans les discours sociaux, les Noirs apparaissent aujourd'hui, mais sous le sceau du stigmate, parce que leur expression devient un danger pour la bonne conscience postcoloniale", relève M. Tin.

Christiane Taubira se félicite de l'initiative, qui "amplifie et rend plus crédible l'expression des associations", selon la députée. Celle-ci met cependant en garde contre certains "dangers" : "C'est un sujet sur lequel il faut être à la fois audacieux et prudent, car il peut nous revenir en boomerang. Et il ne faut pas contribuer à des segmentations.
"Insistant sur le ressort "républicain" de la démarche, MM. Tin et Lozes refusent de se voir enfermés dans une rhétorique communautaire.

"Nous voulons lever une armée pour la France et non contre la France. En posant la question noire, nous voulons prendre part, éclairer les débats sur l'état du pays", justifie le président de Capdiv, qui s'interroge : "Où sont les grandes voix morales dans ce pays pour dénoncer les propos d'un Finkielkraut ? On ne peut laisser les Noirs seuls lui répondre." Le Monde 27/11/2005

 

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