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Louis-Georges Tin, 31 ans, est universitaire. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, il est maître de conférences de littérature française à l'université d'Orléans et président du comité Idaho, à l'origine de la Journée internationale de lutte contre l'homophobie, en mai dernier. Il est aussi à l'origine, avec Patrick Lozès (de l'association Capdiv), de la Fédération des Noirs de France, regroupement de plus de 56 associations, dont la création est entérinée ce samedi dans une salle de l'Assemblée nationale.
A quoi va servir cette fédération ?
Nous avons créé ce mouvement parce que les Noirs représentent le plus grand groupe social en France à ne pas être fédéré (plus de cinq millions de personnes). Entre les diverses origines et la multiplicité d'Etats, ces groupes sociaux dominés sont souvent divisés. Des tentatives de regroupement ont déjà échoué. De mauvaises langues ont dit qu'on n'arriverait pas à construire une fédération. On y est. Nous regroupons des Antillais, des Béninois, des Ivoiriens de France. Le mouvement pourrait s'appeler le Cran (Conseil représentatif des associations noires), parce que du cran, justement, il nous en faut...
Quelles sont vos chances de pérenniser ce mouvement ?
Il y a une urgence : les émeutes en banlieue, les hôtels sociaux qui brûlent. Il nous faut être le trait d'union entre des populations désespérées et des autorités négligentes, voire dédaigneuses. Nous ne sommes pas affiliés à un parti politique. Les partis doivent prendre en compte cette question noire. Nous allons poser des questions aux candidats, lors de la présidentielle. Nous voulons être un groupe de pression au sens classique, effectuer un travail républicain. Nous voulons développer la représentation politique, organiser des événements culturels comme par exemple un mois de la culture noire.
Votre démarche est-elle communautariste ?
Si on ne fait rien, on nous dit : "Vous êtes passifs et assistés." Lorsqu'on agit, on nous dit : "Vous êtes communautaristes." Je remarque que les gens qui se disent contre les communautés sont contre certaines communautés, et pas d'autres. Notre fédération est une tentative pour échapper à cette alternative. Nous inscrivons notre action dans le cadre légal de l'Assemblée nationale. On est tous communautaristes et universalistes. Aujourd'hui, à l'Assemblée, des personnalités comme Basile Boli, Manu Dibango, Stéphane Pocrain ou Fodé Sylla devraient nous épauler.
Quel lien faites-vous avec ce qui s'est passé en banlieue ?
Certaines associations et collectifs oeuvrent en banlieue. Il y a donc une représentation des quartiers dans notre fédération. Ce qui s'y est passé est frappant. Jusqu'à une certaine époque, les Noirs étaient invisibles dans les banlieues. On ne parlait que des Arabes et de l'islam. Et là, d'un coup, sont apparus comme maux la polygamie et l'éducation des enfants, stigmatisés par Hélène Carrère d'Encausse, et les Noirs racistes, avec Alain Finkielkraut (lire page suivante). Disons que madame Carrère d'Encausse a eu le mérite de voir qu'il y avait des Noirs, et le démérite de les injurier. Pour le mouvement des banlieues, il s'agit de jeunes qui, face à une violence sociale légale, répondent par une violence illégale. La violence de l'Etat est en sourdine : relégation sociale, immeubles déglingués. En France, il y a des bidonvilles. Aux Antilles aussi.
Certains pensent qu'il ne sert à rien d'évoquer la mémoire de l'esclavage.
C'est odieux de dire que vouloir connaître ce passé nous empêcherait de nous intégrer. On nous dit que cela va susciter un ressentiment actif et violent, que les enfants à qui on le rappelle vont détester la France. Il n'y a pas à transiger, le crime est là. On en parle trop ? On n'en a jamais parlé ! Des gens dont l'histoire ne s'enseigne pas sont forcés de se considérer comme des citoyens de seconde zone. On ne peut construire des citoyens sur la base de l'amnésie. Si on est conscient de son histoire, on peut devenir sujet de son avenir. L'école qui nous aurait restitué cette histoire-là serait peut-être davantage respectée.
Par Didier ARNAUD
27 novembre 2005
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